Injustices et catastrophes

« Comment Dieu peut-il tolérer tant d’injustices et de souffrances dans le monde ? S’il existait vraiment, il ne laisserait pas ces enfants mourir de faim, ces tsunamis ravager des pays entiers, ces guerres déchirer des populations entières ! »

Autour de nous, cette question est posée sans cesse. Et ceux qui la posent en concluent le plus souvent qu’il ont bien raison de penser que Dieu n’existe pas, ou que s’il existe, c’est un Dieu mauvais, qui ne les intéresse pas.

Le problème est que, dire cela, c’est soit refuser d’être un être humain libre, soit vouloir tout régenter autour de soi de la manière la plus totalitaire. C’est en tout cas refuser la notion même d’amour. Voici pourquoi.

Quand on aime, on veut être aimé librement, par quelqu’un qui pourrait ne pas nous aimer. Ou alors, on viole cette personne, et c’est l’horreur de la violence, la destruction même de toute joie. Dieu ne peut donc nous aimer vraiment que s’il nous laisse libre de l’aimer à notre
tour. L’Homme doit donc être libre de dire « oui » ou « non ». Libre de faire le bien, ou de faire le mal. Dieu ne peut donc pas empêcher l’Homme de faire du mal, sauf en le détruisant, en lui imposant le bien par la force : ce serait alors un drôle de Dieu, et certainement pas un Dieu d’amour !

*

Première objection : « Dieu pourrait au moins protéger les gentils des méchants ! ».

Ah ? Comment ? Voilà un homme qui s’apprête à battre sa femme. Que doit faire Dieu ? De l’intérieur du cerveau de l’homme, l’empêcher de « vouloir » frapper ? Retenir son bras ? Voilà donc un homme réduit à n’être qu’un robot, actionné par Dieu ! Quelle liberté misérable ! Ou alors, créer une bulle autour de la femme, pour qu’elle ne soit pas touchée par le coup ? L’idée est amusante dans le film « Les Indestructibles ». Mais ce serait de la magie et cela rendrait inutile toute existence humaine : des bulles partout, des forces invisibles empêchant d’agir : que resterait-il de notre existence d’homme libre ? Nous serions des marionnettes, sans cesse confrontées à la volonté de fer d’un être surnaturel et tout-puissant, qui nous régirait à sa guise.

Deuxième objection : « Après tout, pourquoi pas ? Mieux vaut cela que la guerre ! ».

Voilà donc Dieu qui met une bulle autour de la France pour empêcher l’Allemagne nazie de l’attaquer. Mais ce n’est guère satisfaisant : si l’Allemagne veut attaquer, c’est qu’elle est dirigée par un fou, et les Allemands, de l’autre côté de la bulle, voudraient peut-être vivre
autrement que sous la férule des nazis (au moins les juifs et les catholiques !). Il aurait donc mieux valu, et de loin, que Dieu empêchât ce fou d’Hitler d’être élu. Comment ? En le tuant ? Drôle de Dieu ! Alors en guidant le vote de chacun des électeurs allemands qui ont librement
élu Hitler en 1933 ? Belle liberté démocratique ! Qui voudrait de ce Dieu qui voterait à notre place !

Dieu ne peut donc empêcher le mal en tant que tel, sauf à transformer l’Homme en robot. Et l’homme qui souhaiterait que cela se passe ainsi souhaite NI PLUS NI MOINS que la réalité soit façonnée comme LUI le voudrait, de manière totalitaire, persuadé naturellement d’être du côté des «bons »!

Troisième objection : « Dieu pourrait au moins empêcher les catastrophes naturelles ! Qu’ont fait les habitants de la Nouvelle Orléans, ou les victimes des Tsunamis de 2004 et 2007 pour mériter cela ? ».

Voilà un orage : alors que les paysans qui souffrent de la sécheresse attendent la pluie depuis de long mois, les vacanciers voudraient du soleil. Que va faire Dieu ? Laisser se produire l’orage, ou l’empêcher de se déclarer ? Ceux qui pensent que la survie des paysans est plus
importante voudront l’orage. Celui qui répare son toit et qui n’a pas les moyens de protéger sa maison, priera au contraire pour que la pluie ne tombe pas ! De même la mère dont le fils malade a impérativement besoin de soleil, ou cette société dont tous les investissements d’une
année seront réduits à néant si une régate prévue de longue date ne se tient pas. Voilà donc Dieu transformé en économiste, pesant le pour et le contre, vérifiant la production nationale de légumes, les prix des matières premières, l’état des comptes de la sécurité sociale, ou du
tourisme, et décidant finalement comme un manager moderne, super informé par des ordinateurs géants. Et tant pis pour le père de famille qui perd ses biens sous l’orage parce que son toit n’est pas fini, ou pour le concertiste qui voit ruinés ses espoirs parce que son concert a
été annulé : « on ne fait d’omelettes sans casser d’oeufs », n’est-ce pas ? Quel Dieu magnifique que voilà ! On en rêve !

« Pour les simples orages, d’accord, mais pas pour les cyclones et les tsunamis ! ».

Problème : à partir de quand Dieu doit-il intervenir ? Lorsqu’une tempête se transforme en cyclone ? C’est donc le nombre des victimes qui compte seul ? Peu importe que la tempête fasse dix victimes : c’est normal. Au dessus, Dieu devrait intervenir ? Mais quel est ce Dieu qui tient une telle comptabilité ?

« Alors, plus de tempête, plus de vagues énormes, rien que des brises, et des vaguelettes ! »

Bref, à Dieu de nous procurer le paradis sur terre, dès maintenant : qu’il se débrouille, nous ne voulons plus mourir ! On est bien loin de la question sur Dieu qui ne devrait pas accepter la souffrance et l’injustice : ce qui compte c’est en fait qu’il fasse comme nous voulons et qu’il
nous procure ce que nous voulons ! Comme quoi un apparent souci de la misère d’autrui renvoie facilement, finalement, à une attitude de l’Homme disant à Dieu : « obéis-moi ! ».

*

« Est-ce tout ? ».

Non. Si la souffrance, si les injustices, si les catastrophes existent, c’est justement parce que l’Homme a refusé Dieu, et que la nature que Dieu lui avait donnée a été abîmée. Parce que la nature ayant été crée par Dieu pour l’Homme, elle ne peut que se déséquilibrer si l’Homme refuse de voir en elle l’empreinte de Dieu. Et cela crée toutes sortes de désordres et de drames.

Mais Dieu ne se résout pas à cette situation. La venue du Christ, c’est justement pour réparer ce mal, et restaurer dans la vie notre monde qui mourrait sans cela. Encore faut-il que l’Homme, que chacun d’entre nous veuille bien de cette intervention, de cet amour. C’est le sens de la grande réponse du Christ, à qui l’on vient demander ce qu’avaient bien pu faire ceux qui venaient de mourir dans l’écroulement d’une tour, à Siloé : ces hommes, dit-il, ne sont pas morts pour avoir pêché (ils n’ont donc nullement été « punis », ils ont été victimes seulement du dérèglement introduit par l’être humain dans la nature). Mais le même Christ ajoute : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez de la même manière ». Parce que si l’Homme n’accepte pas sa nature d’être créé par Dieu, s’il ne revient pas à sa vocation, les choses ne pourront qu’empirer. Et Dieu, pour éviter cela, ne peut intervenir qu’avec douceur, en respectant la liberté de l’Homme. Il ne peut faire plus ! Il a « tout de même » envoyé son propre fils, qui a donné sa vie, et qui est ressuscité pour nous permettre de ne pas mourir !

André Vendières

Publié dans : Des sujets brûlants... |le 3 juin, 2010 |Pas de Commentaires »

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